Allaiter et travailler.

Oui allaiter alors qu’on a repris le travail est possible. Et même en exclusif, si si!

Je me sens quelque peu obligé de le préciser car beaucoup (en tous cas dans mon entourage) semblent ne pas le savoir, ou pour le moins pensent que c’est trop compliqué pour être fait sereinement.

J’ai à peu près tout entendu du « Quel courage! » à « Pourquoi tu te fais chier? », en passant par « Parce que c’est possible? », sans oublier le cultissime « Mais tu as encore assez de lait? ».

Sans mentir, ça m’énerve un peu de voir que travail rime trop souvent avec sevrage. Tout ça par manque d’informations et/ou de soutien. Par exemple, avant ma reprise, lors de ma visite à la médecine du travail (souvenirs, souvenirs) je n’ai eu aucun conseils, aucun soutien de la part du médecin… navrant.

C’est pourquoi, aujourd’hui, je te livre, cher lecteur chère lectrice, mes petits conseils et ma petite expérience.

Pour allaiter et travailler, il te faut, selon moi:

  1. Un bon tire-lait. C’est-à-dire facile à utiliser et à nettoyer, qui ne te fais pas mal (ça ne doit surtout pas te faire mal), et de préférence électrique à double-pompage (pour plus de confort mais surtout de rapidité).
  2. Des petits récipients hermétiques pour conserver ton lait. Normalement tu en as de fourni avec le tire-lait, mais en avoir un ou deux supplémentaires est toujours plus confortable.
  3. Un frigo. A la maison je suppose que tu en as un, reste à savoir si tu en as un au boulot.
  4. Une petite glacière pour transporter ton lait du travail à la maison, et de la maison au mode de garde.
  5. De quoi faire boire ton bébé. Non le bib c’est pas automatique (déformation professionnel? Où ça?). Tasse, seringue, SoftCup selon la préférence de ton nimbus. Si, comme moi, tu n’as pas le choix et que la crèche n’accepte que le biberon, sache qu’il existe des tétines qui limiteraient la confusion sein/tétine.
  6. Un mode de garde. De préférence en lequel tu as confiance et qui accepte le lait maternel.
  7. De la ressource ou plutôt des personnes ressources. Il faut s’entourer de soutiens réels (le papa, une amie, une sage-femme, une conseillère en lactation, une association…) et/ou virtuels (un site spécialisé tel qu’ A tire d’Ailes, un blog Seinpa comme Je suis une Seinte et sa page Facebook…).
  8. Un congel. Pas obligatoire mais s’avère bien utile pour se créer une réserve.
  9. Connaître les règles de conservation du lait maternel, voir par .
  10. Un lieu pour tiré en toute tranquilité.
  11. Mais surtout le meilleur stimulateur de lactation à la maison: ton fidèle téteur, ton nain, ta merveille, ton précieux, ton gnome, ton sumo… ton bébé quoi!

Maintenant que tu as le matos par où commencer? 

Par apprivoiser le tire-lait car, tout comme l’allaitement, c’est un apprentissage. Il faut trouver la bonne position pour être confortable, apprendre à se détendre et trouver ses propres astuces (regarder une photo de son bébé, sentir un de ses bodies, ou fermer les yeux en pensant à lui…) pour aider à faire couler le trésor lacté.

Pour cela, il faut essayer son tire-lait quelques temps avant la reprise, à la maison, sans se mettre la pression sur le nombre de ml tirés. Plus on se met la pression moins ça coule, moins ça coule plus on se met la pression = cercle vicieux! Félicite-toi juste de chaque ml que tu obtiens car chaque ml tiré est une victoire.

Autre petit conseil, toujours prendre son temps pour exprimer son lait, ce n’est pas un course. Personnellement, à chaque fois que je veux faire vite je tire 2 fois moins qu’à mon habitude en 2 fois plus de temps, donc à chaque fois que je veux faire vite je perds du temps.

Tu peux profiter de cette période, comme je l’ai fait, pour te créer une petite réserve au congel. Très pratique, mais surtout très rassurante, jamais de panne de sèche (= moins de pression = ça coule tranquile).

Moi j’ai opté pour la solution glaçons mais il en existe d’autres (voir 5 astuces ici). Des petits glaçons de lait d’environ 15ml, fait dans un simple bac à glaçons en silicone, que je met ensuite dans des sachets de congélation, une petite étiquette et le tour est joué.

Une fois le tire-lait apprivoiser, faut-il habituer bébé à boire au biberon (ou autre)?

Je dirais NON. 

Je n’ai pas habitué mon fils, je ne dirais pas que ça été simple de suite, mais ça n’a pas été vraiment dur non plus. Il a refusé de boire les premières fois qu’il a été gardé, puis a bu de petites quantités qu’il a augmenté au fil des jours.

C’est quelque peu stressant, je dois l’avouer, surtout car ça stresse la personne qui garde ton enfant, mais il faut se faire confiance et surtout lui faire confiance. Il finira par boire et si ce n’est pas avec la nounou, il se rattrapera à la maison, directement à la source.

Et une fois que tu reprends le travail, comment ça se passe?

Bien, merci!

Plus de détails? Ok.

Comme chaque allaitement est unique, chaque reprise du travail l’est aussi. Il faut trouver son organisation, son rythme, ce qui peut convenir à l’une peut ne pas convenir à l’autre. C’est pourquoi je vais t’expliquer comment nous nous organisons dans la NurseFamily, mais ce n’est en aucun cas un cours, une marche à suivre, un model ou je ne sais quoi d’autre, c’est juste pour te donner une petite idée de comment ça se passe.

Je travaille de nuit, de 21h à 7h, 7.43 est donc gardé par son papa.

A ma reprise mon fils dormait de 20h à 8h, GENIAL pas de biberon à prévoir, mais moi de mon côté la production continuait, ayant repris en période assez « creuse », j’allais donc dans le vestiaire après mon tour de 2h pour tirer mon lait. J’ai le bonheur d’avoir une chaise et un évier dans mon vestiaire mais pas de table (on ne peu pas tout avoir), donc je prenais une alaise propre sur mes genoux pour poser mes petites affaires dessus (l’iphone avec les vidéos de mon fils dont une où il tète, très efficace pour accélèrer le tirage, et le moteur du tire-lait), j’enlevais le haut de ma blouse et hop c’est parti! En 20min, à peu près, c’était fait.

Le tout au frigo du personnel (ne pas confondre avec celui des patients) et le tour est joué.

Ça c’était l’idéal, sauf que voilà je travaille en réanimation, les nuits se suivent et ne se ressemblent pas. L’activité a repris d’un coup d’un seul et je me suis ainsi retrouvée à ne pas pouvoir m’asseoir/boire/manger/pisser (aucune mention inutile) alors tirer mon lait! Mes seins étaient pleins à craquer mais dans l’urgence je n’y pensais pas.

J’ai donc décidé après quelques nuits comme celle-là que je n’exprimerais plus mon lait au travail (sauf en cas de grande nécessité).

Les avantages de cette décision: une lactation non collègue-dépendante, non activité-dépendante, pas besoin de s’éclipser 20min, pas d’explications à donner, pas de stress qu’il se passe « quelque chose » pendant ma pause et pas de peur de contaminer son lait avec les germes du boulot (non mon travail ne rend pas hypocondriaque!). Bref, moins de stress.

Les désavantages: une gène voire une douleur arrivée en fin de nuit, quelques baisses de lactation, du retard de l’offre sur la demande (vive ma réserve au congel!). Bref, + de tire-lait à la maison pour « rattraper ».

J’ai ainsi mis en place une nouvelle organisation, expression du lait avant (19h) et après le travail (8h) et les jours de repos au lever, afin de suivre le rythme de bébé lorsqu’il est gardé sans faire fondre trop vite ma réserve. Car tu pense bien qu’il a décidé de se réveiller 2 fois par nuit pour réclamer, dès le début de la crèche, et vu qu’il y fallait 2 biberons … bah, fallait suivre le rythme ma bonne dame!

Notre gros avantage a été d’obtenir une place à la crèche de l’hôpital, mon mari travaillant un mois de jour (6h45-14h35) et un mois de garde (13h45-21h35) ça nous facilite grandement la vie (NursePapa est également infirmier). Je peux ainsi donner une tétée sur place, avant le travail (20h30) lorsque monsieur est de garde ou après le travail (7h15-7h30 ou plus, ça dépend de l’heure à laquelle j’arrive à m’échapper) lorsqu’il est de jour.

Voilà comment je me suis organisée pendant des mois.

En grandissant, avec l’aide de la diversification (nous avons introduit les laitages), les besoins en biberon pour la crèche ont vite diminués de 2 à 1, puis de 1 à 0, ne restait plus qu’une tétée sur place, que nous avons supprimer depuis 2 mois. Il va avoir 1 an et ne prend donc des biberons de lait tiré plus qu’avec papa: celui du réveil lorsqu’il est du matin (je suis encore au travail) et celui du coucher lorsqu’il est d’après-midi (car je suis déjà au travail).

Les rencontres en tête à tête avec mon tire-lait sont donc de plus en plus rares.

Allaiter et travailler c’est de plus en plus facile avec le temps, non sans quelques doutes par moment, mais tellement simple à présent!

Et si c’était à refaire?

Je le refait sans hésiter.

Juste je ferais plus attention à bien respecter les règles de conservation: je ferais une plus petite réserve ou je surveillerais un peu plus les dates, car j’ai dû jeter une bonne partie arrivée à péremption. Ça fait mal au coeur!

Ou encore, avec le recul, je ferais don de mon lait!

Presque un an d’allaitement, on repart pour une année?

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9 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Lodilodi dit :

    très bel article!
    J’ai également allaiter ma fille comme ça jusqu’à ses 15 mois, c’est elle qui l’a décidé…
    J’ai repris le travail quand elle avait 4 mois donc pas encore diversifiée elle etait donc en LM exclusif, ensuite le seul lait qu’elle avait était du LM mais elle était diversifiée la dose de lait n’était donc plus la même
    Donc oui c’est possible :D.

    1. nurselily dit :

      Merci, et merci pour ton témoignage.
      Mon fils n’a eu que du lait maternel, même après la diversification. C’est seulement maintenant (il y a un mois environ) qu’il a eu du lait du commerce mélangé à mon lait, au moment d’une grosse baisse de lactation.
      Je sais pas pour toi, mais pour c’est une bonne expérience et je n’ai pas trouvé cela si compliqué que ce que l’on m’avais annoncé.

      Allaiter et travailler non seulement c’est possible mais surtout ce n’est pas synonyme de compliqué 😉

  2. Gwen dit :

    Bravo!
    J’ai tiré jusqu’à un peu + des 12 mois de ma fille. J’ai fini par arrêter car elle n’en voulait quasi pas au bib chez la nounou, ni par un autre récipient, ni sous forme de flan… Et j’ai dû en jeter aussi… Mais ça vaut le coup. Et elle a têté jusqu’à + de 2 ans 1/2, même si à la fin, c’était très occasionnel. Et pareil, je le referai sans hésitation!

    1. nurselily dit :

      Bravo à toi!
      2 ans et demi d’allaitement c’est beau.

  3. starlett46 dit :

    même expérience à quelques détails près… Reprise du boulot à 4 mois… un peu plus de stress peut être que ce qui est décrit car ma pitchoune était plus gourmande que ce que j’arrivais à tirer pour elle le midi au boulot…
    Alors vers 7 mois, comme je ne tirai vraiment pas ce qu’elle réclamait j’ai introduit du lait de chèvre pour compléter. Elle a maintenant 10 mois et tête le matin au lever et le soir avant d’aller dormir.
    On ne sait pas encore quand on va s’arrêter. Ce rythme nous convient. J’ai conservé le tire-lait lorsque je pars en mission plusieurs jours pour conserver le niveau de lactation (tirelait de marque suisse – medela symphony – que je recommande car j’en ai essayé plusieurs – et celui là est vraiment doux – le seul que je supporte)
    OUI c’est possible de reprendre le boulot quand on allaite et c’est pas si compliqué
    OUI on a toujours du lait même après les 6 premiers mois.
    et NON c’est pas du courage et ça ne fait pas chier…
    juste un peu d’amour et de logistique.

    1. nurselily dit :

      Merci pour ton témoignage Starlett.
      J’ai eu moi aussi mes moments de stress, je te rassure.
      J’étais en surproduction au début donc ça roulait plus que facilement, même que j’arrivais à ne pas trop m’énerver quand la crèche jetais des biberons, puis du jour au lendemain grosse baisse de lactation. J’arrivais plus à fournir assez, ça n’a duré que quelques jours mais c’était l’angoisse! J’ai eu par la suite une seconde baisse de régime mais je l’ai prise plus sereinement, à presque un an le complément me faisait moins peur.
      Après je retiens pas trop ces périodes car elles ne sont pas vraiment significatives de notre allaitement, n’ayant pas durées très longtemps.
      Bref, ce n’est pas tout rose non plus 😉

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